Le marché des rodenticides évolue sous la pression d'une nouvelle réglementation
Les rodenticides passent progressivement du statut de produits d'achat impulsif en caisse à celui de produits nécessitant des conseils
La lutte contre les rats et les souris est plus complexe qu’il n’y paraît. La législation européenne et belge encadre de plus en plus strictement l’utilisation des produits chimiques, tandis que les solutions mécaniques et électroniques gagnent progressivement du terrain. Cette évolution se fait également sentir dans les points de vente, où les produits s’accompagnent de plus en plus de questions sur leur fonctionnement, leur utilisation et les solutions encore autorisées par la réglementation en vigueur.
Produits chimiques
Grains, pâtes et blocs
Sur le marché de la lutte contre les nuisibles, on distingue généralement trois grandes catégories de produits. Les rodenticides chimiques, encore couramment appelés 'poisons à rats', constituent toujours le segment le plus important, tant en volume qu’en chiffre d’affaires. Dans cette catégorie, la forme de l’appât joue un rôle déterminant dans son utilisation. Les appâts en grains, généralement à base de blé ou d’avoine, sont peu coûteux à produire et très attractifs pour les rongeurs. Ils résistent toutefois mal à l’humidité et conviennent donc surtout aux environnements secs, comme les greniers et les granges. Les appâts en pâte, riches en matières grasses et agrémentés d’arômes, sont particulièrement attractifs pour les rongeurs. Plus résistants à l’humidité que les céréales, ils présentent également l’avantage d’une répartition homogène de la substance active, ce qui favorise son absorption. Enfin, les blocs paraffinés sont compressés et liés à l’aide de paraffine, ce qui leur confère une excellente résistance à l’humidité. Ils sont donc particulièrement adaptés à une utilisation ciblée dans les caves, les égouts ou encore à l’extérieur.
Les mêmes consignes de sécurité s’appliquent à tous les rodenticides. L’appât doit être placé dans un boîtier fermé, afin d’être hors de portée des enfants, des animaux domestiques et des autres espèces non ciblées.
Anticoagulants et alphachloralose
Parmi les rodenticides chimiques, on distingue clairement les anticoagulants et l’alpha-chloralose, le seul produit non anticoagulant dont la vente est encore autorisée en Belgique et dans la plupart des autres pays européens. L'alphachloralose agit sur le système nerveux et ralentit le rythme cardiaque, ce qui plonge l'animal dans un état comateux et entraîne finalement sa mort. Cette substance est efficace contre les souris, mais son action est insuffisante contre les rats. Les anticoagulants tels que la bromadiolone, le difénacoum, le diféthialone, le brodifacoum et le flocoumafène agissent quant à eux sur la synthèse de la vitamine K1, une substance indispensable à la coagulation sanguine. Sans ce processus, l’animal meurt d’hémorragies internes.
Le grand avantage de ces poisons à action lente est que le rongeur ne meurt pas immédiatement. Ses congénères n'établissent donc pas de lien entre l'appât et la mort d'un autre animal, ce qui permet d'éviter en grande partie la méfiance vis-à-vis des appâts. De plus, les cadavres se dessèchent avant de se décomposer, ce qui limite les nuisances olfactives.
Pièges mécaniques
Outre les produits chimiques, il existe sur le marché de nombreux pièges mécaniques, allant du classique piège à clapet en bois aux modèles en plastique plus robustes et dotés d’une plus grande puissance de frappe. Ces derniers sont par ailleurs plus hygiéniques et plus sûrs à utiliser, car ils peuvent être armés de l’extérieur sans que les doigts ou l’appât n’entrent en contact avec le loquet.
En termes de profil, on constate que la lutte mécanique remporte un peu plus de succès auprès des jeunes consommateurs et dans les zones urbaines, tandis que les rodenticides chimiques sont généralement plus appréciés par les consommateurs plus âgés et dans les zones rurales. La différence est toutefois trop faible pour avoir un impact significatif sur les chiffres de vente globaux.
Appareils électroniques
Choc électrique
Les appareils électroniques qui tuent les rongeurs par choc électrique sont les derniers arrivés sur le marché. Ils gagnent rapidement en popularité, notamment dans les espaces où les appâts empoisonnés sont indésirables, voire interdits, comme les cuisines, les ateliers alimentaires ou les lieux fréquentés par des enfants et des animaux de compagnie.
Vague d’innovation
La principale vague d’innovation concerne le segment électronique. Les fabricants commercialisent des appareils de plus en plus compacts et faciles à utiliser, spécialement conçus pour fonctionner en toute sécurité. Les nouveaux modèles sont par exemple équipés d’une batterie interne rechargeable qui, grâce à un simple câble USB, est à nouveau prête à l’emploi en quelques heures, rendant ainsi superflus les adaptateurs ou les piles de rechange. De plus, la version anti-rats de ce type d’appareils est souvent dotée d’un levier mécanique supplémentaire qui immobilise l’animal pendant le processus d’électrocution, l’empêchant ainsi de s’échapper, ce qui arrive assez souvent avec les modèles plus simples dépourvus de ce levier.
On s'attend à ce que la lutte électronique occupe une part de plus en plus importante du marché des rodenticides dans les années à venir
Évolution du marché
La lutte électronique gagne du terrain
Les acteurs du secteur s'attendent à ce que la lutte électronique conquière une part de plus en plus importante du marché des rodenticides dans les années à venir, précisément parce qu'elle offre une alternative sans poison et réutilisable dans les endroits où les produits chimiques sont indésirables. Toutefois, malgré la croissance manifeste des solutions mécaniques et électroniques, la part des produits chimiques reste encore nettement supérieure, tant en volume qu’en chiffre d’affaires.
Un segment sous pression
Au niveau international, le segment des produits chimiques subit une pression croissante en raison de considérations sanitaires et environnementales. Depuis 2023, les Pays-Bas ont opté pour une approche structurellement plus stricte et plus professionnelle, une évolution qui se répercute progressivement dans le reste de l’Europe. La législation et le bien-être animal déterminent donc de plus en plus clairement quels produits sont mis sur le marché. Cela se traduit notamment par des systèmes d’application plus fermés et mieux contrôlés, ainsi que par une offre plus large d’alternatives respectueuses des animaux, telles que les cages de capture vivantes et les pièges sans cruauté.
Des ventes stables
Pourtant, les ventes de rodenticides chimiques aux particuliers en Belgique restent remarquablement stables. Tant que ces produits peuvent être vendus et utilisés légalement, ils restent une solution familière et très prisée pour lutter contre les nuisibles. Le véritable changement réside donc moins dans la baisse des volumes que dans les conditions plus strictes dans lesquelles ces volumes sont vendus et utilisés.
UNE LÉGISLATION EN ÉVOLUTION
Une matière complexe
Pour ceux qui vendent des rodenticides, une bonne compréhension de la réglementation n’est pas un luxe superflu. Les rodenticides relèvent du règlement européen sur les biocides et doivent respecter le principe de la lutte intégrée contre les nuisibles (Integrated Pest Management), qui n’autorise la lutte chimique que lorsque les mesures préventives et non chimiques s’avèrent insuffisantes. Chaque emballage doit comporter les informations obligatoires découlant de l’enregistrement du produit et de la fiche SPC (Summary of Product Characteristics) correspondante, notamment les informations de danger CLP (Classification, étiquetage et emballage) ainsi qu’un code UFI (Unique Formula Identifier) unique permettant aux services d’urgence de consulter rapidement la composition exacte en cas d’intoxication.
Évolution constante
La réglementation évolue en permanence et le calendrier varie considérablement d’un produit à l’autre, ce qui rend la question assez complexe pour les détaillants. Un changement concret encore en cours de préparation concerne l’étiquetage et la publicité, pour lesquels les règles seront encore renforcées d’ici 2027. À partir de cette date, le texte CLP obligatoire devra figurer sur l’emballage de manière lisible, avec un contraste noir sur blanc, et toutes les informations devront également être disponibles en allemand. Cela pourra se faire directement sur l’étiquette ou via un code QR renvoyant vers les informations complètes en ligne. Pour les détaillants, cela signifie qu’une partie de la gamme actuelle devra, à terme, être dotée d’un emballage adapté et que la communication et la promotion autour de ce groupe de produits seront également soumises à des restrictions supplémentaires.
Qu’est-ce qui fonctionne dans le rayon?
En matière de présentation en magasin, le double facing — qui consiste à proposer un même produit à la fois dans le rayon permanent et sur une tête de gondole ou un présentoir autonome — a largement fait ses preuves pour stimuler les ventes. Des promotions ponctuelles peuvent encore renforcer cet effet, par exemple en offrant une boîte d’appât à l’achat d’une recharge ou en appliquant un tarif préférentiel sur un format plus grand. Contrairement à une idée parfois répandue chez les détaillants, les promotions sur les rodenticides sont autorisées par la législation et peuvent donc constituer un levier efficace pour accroître la visibilité et les ventes de cette catégorie.
En collaboration avec BSI, COMPO, Edialux et Evergreen Garden Care